Le calendrier réel de votre prévoyance obligatoire

La plupart des professionnels libéraux de santé raisonnent en un seul bloc : « je cotise à ma caisse, donc je suis couvert en cas d'arrêt, d'invalidité ou de décès ». La réalité est plus fragmentée. Un professionnel libéral installé — médecin, chirurgien-dentiste, kinésithérapeute, infirmier, sage-femme, pharmacien — dépend en réalité de deux régimes distincts et successifs : l'Assurance Maladie (CPAM), qui verse une indemnité journalière en cas d'arrêt de travail, et sa caisse de retraite obligatoire (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les kinés et paramédicaux, CARCDSF pour les chirurgiens-dentistes et sages-femmes, CAVP pour les pharmaciens…), qui gère un régime complémentaire invalidité-décès propre à chaque profession.

Ces deux régimes ne se chevauchent pas : la CPAM intervient sur les tout premiers mois d'un arrêt, la caisse professionnelle prend le relais ensuite pour l'arrêt long et gère séparément l'invalidité et le décès. Le problème n'est pas qu'il existe un vide total entre les deux — il existe rarement — mais que chacun de ces régimes a ses propres seuils, ses propres plafonds et ses propres définitions, qui ne correspondent presque jamais au revenu réel ni aux charges réelles du professionnel. C'est dans cet écart, pas dans une absence totale de couverture, que se logent les trois trous décrits dans cet article.

Trou n°1 : les 90 premiers jours d'arrêt

Depuis le décret n° 2021-755 du 12 juin 2021, les professionnels libéraux bénéficient enfin d'indemnités journalières de l'Assurance Maladie en cas d'arrêt de travail pour maladie ou accident — une avancée réelle par rapport à la situation antérieure. Le mécanisme, tel que présenté par l'Assurance Maladie (ameli.fr), fonctionne ainsi : un délai de carence de 3 jours, puis une indemnité versée sur 87 jours indemnisables pour une période de référence de 90 jours, calculée sur environ 50 % du revenu professionnel moyen des trois dernières années, plafonnée à 197,51 € bruts par jour au 1er janvier 2026 (plafond revalorisé chaque année). Cette indemnisation suppose au moins 12 mois d'affiliation continue.

C'est seulement à compter du 91e jour d'arrêt continu que la caisse de retraite professionnelle prend le relais, avec ses propres barèmes. Le vrai trou de cette première période n'est donc pas un vide temporel — la CPAM verse quelque chose dès le 4e jour — mais un écart de niveau de vie : une indemnité plafonnée à environ la moitié d'un revenu déjà écrêté, qui ne tient aucun compte des charges fixes du cabinet — loyer, salaires des assistants, mensualité de crédit professionnel en cours — qui, elles, continuent de courir intégralement pendant l'arrêt.

Deux situations aggravent ce trou. La première : un professionnel installé depuis moins de 12 mois ne remplit pas la condition d'affiliation continue et ne perçoit donc, en pratique, aucune indemnité journalière pendant sa première année d'exercice — ni de la CPAM, ni de sa caisse, qui n'intervient que plus tard. C'est précisément le profil le plus exposé financièrement, puisqu'il vient souvent de contracter un crédit d'installation ou de reprise. Cette règle connaît toutefois une exception fréquente chez les libéraux de santé : le maintien de droits au titre d'une activité salariée immédiatement antérieure (plusieurs années comme praticien hospitalier ou remplaçant salarié, par exemple) neutralise la condition des 12 mois et ouvre droit aux indemnités journalières dès le premier jour d'exercice libéral — un point à faire vérifier au cas par cas auprès de la CPAM plutôt que de le présumer. La seconde : le revenu moyen des trois dernières années sert de base de calcul, ce qui pénalise un professionnel en forte croissance d'activité (jeune installé, reprise récente de patientèle) dont le revenu réel de l'année en cours est déjà nettement supérieur à cette moyenne.

Trou n°2 : l'invalidité qui ne déclenche rien

La logique des régimes d'invalidité des caisses professionnelles est structurellement différente de celle de l'arrêt de travail temporaire : elle raisonne en seuils, pas en durée. Et ces seuils varient fortement d'une caisse à l'autre — ce qui interdit toute généralisation d'une profession à l'autre.

À la CARPIMKO (kinésithérapeutes, infirmiers, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues), le principe est net : en dessous d'un taux d'incapacité de 66 %, aucune prestation d'invalidité n'est versée. Entre 66 % et l'invalidité totale et permanente, une rente est due — de l'ordre de 10 080 € par an au taux partiel à 20 160 € par an au taux total en 2026, majorée en cas d'enfant à charge — mais tout ce qui se situe sous ce seuil de 66 % n'ouvre droit à rien, quelle que soit la gêne réelle à l'exercice.

À la CARMF (médecins), le régime complémentaire invalidité-décès vise l'invalidité totale et définitive rendant le praticien inapte à l'exercice de sa profession — une notion elle aussi binaire, qui ne couvre pas les situations d'invalidité partielle où le praticien peut continuer à exercer, mais avec un rendement ou une patientèle fortement réduits. La CARCDSF (chirurgiens-dentistes, sages-femmes) applique de son côté une rente invalidité dont les conditions précises de déclenchement sont propres à son règlement intérieur.

Une invalidité qui divise par deux la capacité de travail d'un chirurgien-dentiste ou d'un kinésithérapeute — sans jamais atteindre le seuil retenu par sa caisse — ne déclenche, dans le régime obligatoire, strictement aucune prestation.

Concrètement : un kinésithérapeute qui perd, à la suite d'un accident, une partie de la mobilité d'une épaule et ne peut plus réaliser certaines techniques manuelles, ou un chirurgien-dentiste dont la précision du geste est durablement affectée sans être totalement empêchée, peuvent se retrouver avec une perte de chiffre d'affaires réelle et durable — sans qu'aucun seuil administratif ne soit atteint. C'est très exactement la zone que la prévoyance privée complémentaire est censée couvrir : des seuils de déclenchement plus bas, souvent définis en taux d'incapacité fonctionnelle et professionnelle combinés, mais dont les définitions varient elles aussi d'un contrat à l'autre et méritent d'être lues, pas supposées.

Trou n°3 : un capital décès forfaitaire, pas dimensionné sur vos besoins

En cas de décès, chaque caisse verse un capital et, selon les cas, une rente au conjoint et aux enfants. Ce qu'il faut retenir avant tout : ce capital est forfaitaire. Il ne varie pas — ou marginalement — en fonction du niveau de revenu du professionnel, de sa situation patrimoniale, ni surtout du montant qu'il doit encore rembourser sur un crédit professionnel en cours.

À la CARMF, le capital décès s'élève à 71 500 € en 2026, versé au conjoint marié depuis au moins deux ans au moment du décès survenu avant 75 ans, complété d'une rente temporaire de conjoint comprise entre 8 557,20 € et 17 114,40 € par an selon la classe de cotisation, versée jusqu'aux 62 ans du conjoint survivant (âge auquel s'ouvre le droit à la pension de réversion des régimes complémentaire et ASV). À la CARCDSF, le capital décès 2026 est de 19 605 €. Ces montants n'ont rien d'anormal en tant que tels — ils correspondent à la vocation d'un régime de base, mutualisé et forfaitaire — mais ils n'ont jamais été calculés pour couvrir un encours de crédit professionnel de plusieurs centaines de milliers d'euros, ni pour maintenir durablement le niveau de vie d'une famille ou financer les études des enfants.

Comparaison chiffrée : CARMF, CARPIMKO, CARCDSF

Le tableau qui suit synthétise les ordres de grandeur 2026 relevés sur le site de chaque caisse. Il ne doit jamais être lu comme une règle unique applicable à toutes les professions : chaque caisse a son propre règlement, ses propres classes de cotisation et ses propres conditions d'ouverture des droits, à vérifier directement auprès d'elle avant toute décision.

Ordres de grandeur 2026 — régimes obligatoires

Ce que versent, en 2026, les régimes invalidité-décès de trois caisses professionnelles

CARMF (médecins) — capital décès 71 500 € forfaitaire
CARMF — rente conjoint ≈ 8 557 à 17 114 €/an
CARMF — seuil d'invalidité indemnisée Invalidité totale et définitive
CARPIMKO (kinés, infirmiers…) — seuil d'invalidité ≥ 66 % d'incapacité (rien en dessous)
CARPIMKO — rente invalidité totale ≈ 20 160 €/an
CARPIMKO — capital décès ≈ 36 288 à 54 432 €
CARCDSF (dentistes, sages-femmes) — rente invalidité ≈ 32 464 €/an
CARCDSF — capital décès 19 605 €
CPAM — IJ profession libérale (2026) ≈ 50 % du revenu, plafond 197,51 €/j

Ce tableau illustre un point souvent négligé : les montants ne sont pas seulement différents d'une caisse à l'autre, ils reposent sur des logiques différentes. La CARMF verse un capital et une rente relativement stables quel que soit le niveau de revenu (au sein d'une classe donnée). La CARPIMKO applique un seuil binaire strict à 66 %. La CARCDSF raisonne davantage en rente qu'en capital. Transposer telle quelle la logique d'une caisse à une autre profession est une erreur fréquente — et une des plus coûteuses, puisqu'elle conduit à sous-estimer ou surestimer sa propre couverture.

Le point aveugle du professionnel qui vient d'investir

Ce trou de couverture prend un relief particulier chez un professionnel qui vient d'acquérir des murs, un fonds ou une patientèle à crédit — la situation la plus fréquente chez les clients accompagnés par Ordinis. Sur un cabinet financé à 850 000 € ou 1,7 M€, le capital décès forfaitaire de la caisse professionnelle, quelques dizaines de milliers d'euros au mieux, ne couvre qu'une fraction marginale du capital restant dû.

C'est précisément le rôle de l'assurance emprunteur, souscrite au moment du crédit et dimensionnée sur le capital effectivement emprunté : elle ne se substitue pas à la prévoyance de la caisse, elle comble un besoin que celle-ci ne couvre pas du tout. À l'inverse, l'assurance emprunteur ne protège que le prêt — elle n'assure ni le maintien du niveau de vie du foyer en cas d'arrêt prolongé, ni la poursuite de l'activité du cabinet pendant une invalidité partielle. Confondre les deux — penser que l'assurance emprunteur du crédit professionnel « fait aussi office » de prévoyance personnelle — est une des confusions les plus fréquentes observées en accompagnement, et l'une des plus risquées pour un foyer.

Combler ces trous sans se sur-assurer

Face à ce constat, le réflexe à éviter est de souscrire un contrat de prévoyance « par précaution », sans avoir chiffré l'écart réel entre ce que verse déjà la caisse et le besoin effectif. La méthode qui fonctionne, à l'inverse, part toujours du régime obligatoire pour ne compléter que ce qui manque réellement.

Étape 1 — Demander à sa caisse le relevé exact de ses droits prévoyance

Chaque caisse professionnelle (CARMF, CARPIMKO, CARCDSF, CAVP…) peut fournir, sur demande via son espace en ligne, le détail des prestations auxquelles le professionnel a droit selon sa classe de cotisation, son ancienneté d'affiliation et sa situation familiale. C'est le seul point de départ fiable : les ordres de grandeur génériques d'un article, y compris celui-ci, ne remplacent jamais un relevé personnel à jour.

Étape 2 — Chiffrer le vrai besoin, pas un montant rond

Le besoin réel se compose de trois éléments distincts : les charges fixes professionnelles qui continueraient de courir en cas d'arrêt (loyer, salaires, mensualité de crédit hors assurance emprunteur), le maintien du niveau de vie du foyer sur une durée réaliste, et le capital restant dû sur un éventuel crédit professionnel non déjà couvert par l'assurance emprunteur. Additionner ces trois lignes donne un chiffre concret, très différent d'un professionnel à l'autre selon son montage juridique et sa situation familiale.

Étape 3 — Cibler la garantie manquante plutôt que sursouscrire un contrat généraliste

Une fois l'écart identifié, la garantie à rechercher est précise : incapacité temporaire de travail dès un délai de carence court (30 jours par exemple) pour couvrir le trou n°1, invalidité fonctionnelle et professionnelle à seuil bas pour couvrir le trou n°2, capital décès et rente éducation dimensionnés sur le foyer réel pour le trou n°3. Un contrat qui coche ces trois cases est presque toujours préférable, à cotisation égale, à un contrat générique mal calibré sur un seul de ces risques.

Étape 4 — Revoir la couverture à chaque étape de vie professionnelle

Un contrat de prévoyance souscrit en début d'exercice, avant l'acquisition de murs ou l'entrée en société, devient rapidement obsolète : nouvel enfant, nouveau crédit professionnel, changement de statut (passage en SELARL, création d'une SPFPL), évolution du chiffre d'affaires. Chacune de ces étapes justifie de reprendre les étapes 1 et 2 plutôt que de laisser un contrat ancien courir par défaut.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux régimes distincts et successifs gèrent votre prévoyance obligatoire : la CPAM sur l'arrêt de travail initial, votre caisse professionnelle (CARMF, CARPIMKO, CARCDSF, CAVP…) sur l'arrêt long, l'invalidité et le décès.
  • Trou n°1 : entre le jour 0 et le jour 90 d'un arrêt, l'indemnité de la CPAM est plafonnée à environ 50 % d'un revenu déjà écrêté (197,51 €/jour maximum en 2026) — et nulle pendant la première année d'exercice, faute des 12 mois d'affiliation requis (sauf maintien de droits au titre d'une activité salariée antérieure).
  • Trou n°2 : chaque caisse applique un seuil d'invalidité qui lui est propre — 66 % d'incapacité à la CARPIMKO, invalidité totale et définitive à la CARMF — laissant sans indemnisation toute invalidité partielle réelle qui n'atteint pas ce seuil.
  • Trou n°3 : le capital décès des caisses est forfaitaire (71 500 € à la CARMF, 19 605 € à la CARCDSF en 2026) et sans lien avec l'encours d'un crédit professionnel, qui reste la mission propre de l'assurance emprunteur.
  • Ne jamais transposer le barème d'une caisse à une autre profession : les logiques (seuils binaires, rentes, capitaux) diffèrent fortement d'une caisse à l'autre.
  • La bonne méthode part toujours du relevé de droits de sa propre caisse pour ne compléter, en prévoyance privée, que l'écart réel — jamais un contrat généraliste souscrit par défaut.

Ce que cet article ne peut pas faire à votre place

Les montants cités dans cet article correspondent aux barèmes 2026 tels que publiés par chaque caisse au moment de la rédaction ; ils sont revalorisés chaque année et peuvent varier selon la classe de cotisation choisie, l'âge du professionnel et son ancienneté d'affiliation. Ils doivent être vérifiés, avant toute décision, directement auprès de la caisse concernée ou d'un conseil (assureur spécialisé, expert-comptable, avocat) qui a accès à votre relevé de droits personnel. Cet article ne constitue ni un conseil en assurance individualisé, ni une recommandation de contrat : il a pour seul objectif de vous donner la grille de lecture pour poser les bonnes questions.

Une cotisation obligatoire n'est pas une assurance complète

Le régime obligatoire de votre caisse professionnelle n'est ni négligeable ni décoratif — il constitue un socle réel, et son existence même (avec l'extension récente des indemnités journalières aux libéraux depuis 2021) est une amélioration notable par rapport à la situation antérieure. Mais un socle reste un socle : il est mutualisé, forfaitaire, et construit sur des seuils qui ne correspondent pas nécessairement à votre situation individuelle. Les trois trous décrits ici — les 90 premiers jours, l'invalidité sous seuil, le capital décès forfaitaire — ne sont pas des anomalies du système, ils sont la conséquence logique d'un régime pensé pour mutualiser un risque de base, pas pour protéger intégralement chaque professionnel selon son propre niveau de vie, ses charges de cabinet ou son crédit en cours.

Les identifier précisément est la première étape pour décider, en connaissance de cause, ce qui mérite d'être complété. Pour les professionnels qui viennent d'investir dans leurs murs ou leur patientèle, cette analyse se fait rarement isolément de la question du financement : elle s'articule directement avec le calibrage de l'assurance emprunteur du crédit en cours, et avec l'analyse du revenu professionnel qui sert de base à ces indemnités — un revenu dont le calcul a lui-même été profondément modifié par la réforme URSSAF 2026 de l'assiette sociale.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui couvre un professionnel libéral pendant les 90 premiers jours d'un arrêt de travail ?

Depuis le décret n° 2021-755 du 12 juin 2021, l'Assurance Maladie (CPAM) verse une indemnité journalière aux professionnels libéraux après un délai de carence de 3 jours, sur environ 87 jours indemnisables pour une période de référence de 90 jours. Cette indemnité correspond à environ 50 % du revenu professionnel moyen des trois dernières années, plafonnée à 197,51 euros bruts par jour au 1er janvier 2026, et suppose au moins 12 mois d'affiliation continue. La caisse de retraite obligatoire (CARMF, CARPIMKO, CARCDSF selon la profession) ne prend le relais qu'à compter du 91e jour d'arrêt continu : entre le jour 0 et le jour 90, la seule protection est donc celle, plafonnée, de la CPAM. Un professionnel installé depuis moins de 12 mois n'a droit à aucune de ces deux indemnisations, sauf s'il bénéficie d'un maintien de droits au titre d'une activité salariée immédiatement antérieure (par exemple plusieurs années comme praticien hospitalier), qui neutralise la condition d'affiliation de 12 mois auprès de la CPAM.

En dessous de quel taux d'invalidité la caisse ne verse-t-elle rien ?

Cela dépend entièrement de la caisse et ne se généralise jamais d'une profession à l'autre. À la CARPIMKO (kinésithérapeutes, infirmiers, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues), aucune indemnisation d'invalidité n'est prévue en dessous d'un taux d'incapacité de 66 % : sous ce seuil, la caisse ne verse rien, quelle que soit la gêne réelle à l'exercice. À la CARMF (médecins), le régime complémentaire invalidité-décès vise l'invalidité totale et définitive rendant inapte à l'exercice de la profession, une notion binaire qui laisse également de côté les incapacités partielles. La CARCDSF (chirurgiens-dentistes, sages-femmes) applique une rente invalidité dont les modalités précises sont propres à son propre règlement. Dans les trois cas, une invalidité partielle qui réduit fortement l'activité sans atteindre le seuil retenu par la caisse n'ouvre droit à aucune prestation du régime obligatoire.

Le capital décès versé par la caisse suffit-il à rembourser un crédit professionnel en cours ?

Non, et l'écart est souvent considérable. Le capital décès du régime obligatoire est forfaitaire et fixé par barème annuel, indépendamment du niveau de revenu ou de l'encours d'emprunt du praticien : par exemple 71 500 euros à la CARMF (médecins) ou 19 605 euros à la CARCDSF (chirurgiens-dentistes) en 2026, quel que soit le montant restant dû sur un crédit d'acquisition ou de travaux de cabinet qui peut, lui, dépasser plusieurs centaines de milliers d'euros. Ce capital de caisse ne se substitue jamais à l'assurance emprunteur souscrite au moment du crédit, qui est dimensionnée sur le capital restant dû et reste, avec la prévoyance décès complémentaire, le seul mécanisme qui protège réellement la famille et l'associé survivant contre le poids d'un emprunt professionnel en cas de décès.

Faut-il souscrire une prévoyance privée en plus de la cotisation obligatoire versée à sa caisse ?

Dans la grande majorité des cas, oui, une fois les trois trous structurels identifiés : la période initiale d'arrêt indemnisée sur une base plafonnée, l'invalidité partielle qui ne déclenche aucune prestation obligatoire, et un capital décès forfaitaire nettement inférieur aux besoins réels d'un foyer ou au capital restant dû d'un crédit professionnel. La réponse n'est cependant jamais un contrat générique : elle dépend du niveau de charges fixes du cabinet, du montage juridique (exercice en nom propre ou en société), de la situation familiale et de l'existence ou non d'un crédit professionnel en cours. Le bon réflexe est de commencer par demander à sa caisse un relevé précis des prestations prévoyance auxquelles on a droit, puis de chiffrer l'écart avec les besoins réels avant de comparer des contrats, idéalement avec un conseil (assureur, expert-comptable ou avocat) qui connaît le régime propre à la profession concernée.