Un sujet longtemps repoussé, qui devient concret en 2026

La retraite est, pour la majorité des professionnels libéraux en exercice, un sujet qu'on repousse : entre l'installation, le développement de la patientèle ou de la clientèle, les échéances de crédit du cabinet et la structuration juridique de l'exercice, l'horizon retraite paraît lointain. La question devient pourtant concrète plus tôt qu'on ne le pense : les cotisations retraite obligatoires représentent, dès les premières années d'exercice, une part significative des charges sociales — et les droits qu'elles ouvrent se construisent sur la durée entière de la carrière, pas seulement sur les dernières années les plus rémunératrices.

Le PER individuel dédié aux travailleurs non salariés (PER TNS) n'est pas un produit nouveau en 2026 : il existe depuis la loi PACTE de 2019, dans la continuité du régime de déduction fiscale qui existait déjà pour les contrats dits « Madelin retraite ». Ce qui change chaque année, c'est le montant exact du plafond de déduction, indexé sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Pour 2026, ce plafond atteint au maximum 88 911 € — un chiffre qui circule beaucoup, mais rarement avec la formule qui permet de savoir ce qu'il représente réellement pour votre propre revenu.

Ce que couvre — et ne couvre pas — le régime obligatoire du libéral

Un professionnel de santé libéral cotise, en parallèle de l'URSSAF (maladie, allocations familiales, CSG-CRDS), à une caisse de retraite professionnelle : la CARMF pour les médecins, la CARCDSF pour les chirurgiens-dentistes et sages-femmes, la CARPIMKO pour les kinésithérapeutes et infirmiers libéraux, la CAVP pour les pharmaciens. Chacune de ces caisses gère, pour sa profession, un régime de base (aligné sur des règles communes aux professions libérales relevant de la Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales, la CNAVPL) et un régime complémentaire propre à chaque section professionnelle, avec ses propres taux de cotisation — généralement par points (CARMF, CARCDSF, CARPIMKO), la CAVP se distinguant par un régime complémentaire qui combine une part gérée par répartition et une part gérée par capitalisation.

Cette architecture à trois étages — base, complémentaire, et pour les professionnels de santé conventionnés un régime de prestations complémentaires de vieillesse (PCV, anciennement ASV) dont les cotisations sont en partie prises en charge par l'assurance maladie — a un effet direct : le montant final de la pension dépend de paramètres qui varient fortement d'une profession à l'autre, et d'un profil de carrière à l'autre au sein d'une même profession. Deux praticiens de la même profession, avec un revenu moyen comparable sur leur carrière, peuvent obtenir des pensions sensiblement différentes selon leur secteur conventionnel, la régularité de leurs revenus, ou des périodes d'activité réduite (parentalité, arrêt maladie prolongé, temps partiel).

Le vrai chiffre à interroger : un taux de remplacement structurellement bas

Le « taux de remplacement » désigne le rapport entre le montant de la pension de retraite et le dernier niveau de revenu d'activité. Plusieurs cabinets de gestion de patrimoine spécialisés dans l'accompagnement des professions libérales avancent, pour les professions affiliées à la CNAVPL, un ordre de grandeur situé entre 30 et 40 % — sensiblement inférieur à celui généralement observé chez un salarié cadre en fin de carrière. Nous formulons ce chiffre avec prudence : il ne s'agit pas d'une statistique officielle unique publiée par une caisse ou par la CNAVPL elle-même, mais d'un ordre de grandeur convergent chez plusieurs conseils spécialisés, qui dépend fortement du profil individuel.

Le régime obligatoire d'un libéral n'est pas sous-dimensionné par accident : il a été construit, historiquement, comme un socle — pas comme un revenu de remplacement intégral. C'est cette mécanique, plus que le montant en euros d'une pension, qu'il faut comprendre avant de décider quoi que ce soit.

Ce que ce chiffre signifie concrètement : pour un praticien habitué à un niveau de vie calé sur son revenu d'activité, la seule pension obligatoire implique généralement un ajustement significatif du niveau de vie au moment du départ en retraite, sauf à avoir constitué, en parallèle, un ou plusieurs compléments — épargne retraite dédiée, immobilier locatif, valorisation et cession du cabinet ou de la patientèle, assurance-vie. Le PER n'est qu'un de ces leviers : comme le contrat Madelin qu'il remplace, il associe une vocation retraite explicite à une déduction fiscale à l'entrée — optionnelle, plafonnée, et compensée par une imposition correspondante à la sortie. Avant toute décision, la vérification la plus fiable reste le relevé de situation individuelle et le simulateur propre à votre caisse (carmf.fr, carpimko.fr, carcdsf.fr ou cavp.fr selon votre profession), qui donnent une estimation nettement plus précise qu'un ordre de grandeur générique.

PER TNS et article 154 bis du CGI : la mécanique de déduction

« PER TNS » n'est pas une catégorie juridique distincte : c'est l'appellation courante du PER individuel lorsque son titulaire, travailleur non salarié, choisit de déduire ses versements de son revenu professionnel. Cette déduction reprend le plafond fiscal retraite prévu par l'article 154 bis du Code général des impôts — le même texte qui encadrait déjà les cotisations aux contrats Madelin retraite, et que le Bulletin officiel des finances publiques commente dans la série BOI-BNC-BASE-40-60-50 (charges sociales personnelles des titulaires de BNC) et, pour l'articulation avec le plafond global de l'épargne retraite, dans la fiche BOI-IR-BASE-20-50-20 (version du 17 février 2026). Concrètement, les sommes versées sur le PER au cours d'une année civile viennent en déduction du revenu professionnel imposable (le bénéfice non commercial ou industriel et commercial, selon le régime déclaratif), dans la limite d'un plafond calculé chaque année. Le titulaire conserve la possibilité, à la place, de déduire ses versements de son revenu global dans les conditions de l'article 163 quatervicies du CGI — un choix qui se fait versement par versement et que l'expert-comptable arbitre au moment de la déclaration.

Depuis la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 9), les versements volontaires effectués sur un PER à compter du jour du soixante-dixième anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles, y compris au titre de l'article 154 bis — la règle s'applique aux versements réalisés depuis le 1er janvier 2026. Elle ne concerne pas les anciens contrats Madelin non transférés, qui restent régis par l'article 163 quinvicies du CGI.

Ce mécanisme concerne le professionnel exerçant en nom propre, en déclaration contrôlée (BNC réel). Il concerne aussi, depuis l'imposition des revenus 2024, l'associé d'une société d'exercice libéral (SELARL, SELAS…) pour la rémunération de son activité libérale, désormais imposée dans la catégorie des BNC — voir notre analyse sur la rémunération d'associé de SEL en 2026. La part de rémunération rattachée au mandat social suit en revanche d'autres règles (article 62 du CGI pour le gérant majoritaire de SELARL, traitements et salaires pour le président de SELAS), ce qui modifie l'assiette retenue pour le calcul du plafond. Cette ventilation entre activité et mandat ne se généralise pas : elle doit être vérifiée avec son expert-comptable avant tout versement, quel que soit le montant théorique calculé plus bas.

Le plafond 2026 : 88 911 €, formule et calcul pas à pas

Le plafond de déduction applicable à un exercice correspond au plus élevé des deux montants suivants :

  • 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) de l'année — un plancher qui s'applique même en cas de bénéfice faible, nul ou négatif ;
  • 10 % du revenu professionnel imposable, retenu dans la limite de 8 fois le PASS, majoré de 15 % de la fraction de ce revenu comprise entre 1 et 8 fois le PASS.

Le PASS 2026 est fixé à 48 060 € par l'arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026, publié au Journal officiel. Sur cette base, le calcul pas à pas donne :

  • Plancher : 10 % × 48 060 € = 4 806 € ;
  • 8 PASS = 8 × 48 060 € = 384 480 € (plafond de revenu retenu pour la première tranche) ;
  • 10 % de 384 480 € = 38 448 € ;
  • Tranche entre 1 et 8 PASS : 384 480 € − 48 060 € = 336 420 €, dont 15 % = 50 463 € ;
  • Total pour un revenu professionnel atteignant ou dépassant 384 480 € : 38 448 € + 50 463 € = 88 911 €.

Ce montant de 88 911 € est donc un plafond maximal théorique, atteint uniquement par les professionnels dont le revenu professionnel imposable atteint ou dépasse 384 480 € sur l'année — un niveau de revenu rare, y compris parmi les spécialités les mieux rémunérées. Pour la grande majorité des professionnels libéraux de santé, le plafond réel est nettement inférieur, comme le montre le calcul de la section suivante.

Trois niveaux de revenus, trois plafonds réels

Exemple simplifié, à visée strictement pédagogique — il ne remplace pas une simulation individualisée établie par votre expert-comptable, qui seul connaît le détail de votre situation fiscale. En appliquant la formule ci-dessus à trois niveaux de revenu professionnel imposable :

Simulation pédagogique — plafond PER TNS 2026 selon le revenu

Calcul du plafond de déduction pour trois niveaux de revenu professionnel imposable

Revenu professionnel imposable ≈ 60 000 € (ex. paramédical en développement) ≈ 7 791 € déductibles
Revenu professionnel imposable ≈ 90 000 € (ex. praticien installé plusieurs années) ≈ 15 291 € déductibles
Revenu professionnel imposable ≈ 250 000 € (ex. spécialité à forte activité) ≈ 55 291 € déductibles
Revenu professionnel imposable ≥ 384 480 € 88 911 € (plafond maximal 2026)

Le constat qui se dégage de ce calcul est simple : le plafond de déduction suit une progression non linéaire du revenu, à cause de la tranche à 15 %. Pour un professionnel en tout début d'exercice, avec un revenu encore modeste, c'est en réalité le plancher de 4 806 € qui protège le disponible fiscal, même en cas d'exercice incomplet sur l'année ou de résultat proche de zéro pendant la montée en charge de l'activité.

Le plafond non utilisé : ce qui se reporte, et ce qui se perd

Le report du plafond non utilisé existe, mais il obéit à une règle plus étroite que ce que la presse patrimoniale laisse souvent entendre. Il n'est pas prévu par l'article 154 bis : le plafond « professionnel » d'une année, s'il n'est pas consommé, ne se reporte pas en tant que tel. Le mécanisme de report appartient à l'article 163 quatervicies du CGI, c'est-à-dire au plafond de déduction du revenu global — celui qui figure sur votre avis d'imposition à la rubrique « plafond épargne retraite ». Pour un non-salarié, ce plafond global correspond à 10 % du revenu professionnel de l'année précédente (retenu dans la limite de 8 PASS, avec le même plancher de 10 % du PASS), diminué des versements déjà déduits au titre de l'article 154 bis — sans tenir compte de la fraction correspondant aux 15 % de la tranche comprise entre 1 et 8 PASS. Autrement dit, la majoration de 15 % ne se reporte jamais : seule la part « 10 % du revenu » non consommée alimente le disponible reportable, utilisable ensuite par une déduction sur le revenu global.

La durée de ce report a été allongée : la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 10) a porté de trois à cinq années le délai d'utilisation de la différence non consommée, dans la rédaction en vigueur de l'article 163 quatervicies. L'administration précise que cette disposition s'applique à compter de l'imposition des revenus de l'année 2026 et qu'en 2026, le disponible s'entend de la limite 2026 augmentée, le cas échéant, des reliquats 2023, 2024 et 2025 non consommés (BOI-IR-BASE-20-50-30, version du 10 août 2026) : les reliquats antérieurs à 2026 restent donc soumis à l'ancien délai de trois ans, et un reliquat de 2023 non utilisé en 2026 est perdu. Passé le délai applicable, la fraction non utilisée est définitivement perdue — d'où l'intérêt de vérifier ce disponible chaque année, plutôt qu'au moment de la déclaration.

PER individuel ou contrat Madelin existant : l'arbitrage à ne pas bâcler

Beaucoup de praticiens installés depuis plusieurs années détiennent déjà un contrat Madelin retraite, ouvert avant la généralisation du PER individuel par la loi PACTE. Les deux produits relèvent du même plafond de déduction fiscale à l'entrée, calculé selon la formule décrite plus haut — et il s'agit d'une enveloppe commune : les cotisations Madelin et les versements PER déduits professionnellement la consomment ensemble, le plafond ne se cumule pas contrat par contrat. La déductibilité ne constitue donc pas, à elle seule, un critère de choix entre les deux. La différence structurante se joue à la sortie : un contrat Madelin retraite — fermé à la souscription depuis le 1er octobre 2020, mais toujours alimentable — se dénoue en rente viagère, sans option de sortie en capital hors cas particuliers (rente d'un montant très faible, cas de déblocage anticipé prévus par la loi), alors que le PER individuel permet, sur la part issue des versements volontaires, une sortie en capital — en une fois ou de façon fractionnée — en plus de l'option rente. Cette liberté a une contrepartie fiscale à ne pas oublier : à la sortie en capital, les versements qui ont été déduits sont imposés au barème de l'impôt sur le revenu, et les gains aux prélèvements applicables aux revenus du capital.

Un contrat Madelin existant peut généralement être transféré vers un PER individuel, mais ce transfert n'est pas systématiquement la bonne décision : certains anciens contrats comportent des garanties de taux minimum garanti, des tables de mortalité plus favorables pour le calcul de la rente, ou des frais de sortie qui doivent être comparés poste par poste avant toute décision. Nous n'établissons pas ici de recommandation générale — un contrat Madelin ancien peut rester préférable dans certaines configurations, et un transfert peut être plus favorable dans d'autres. Cet arbitrage relève du conseiller en gestion de patrimoine ou de l'assureur qui gère le contrat existant, avec le concours de votre expert-comptable pour la lecture fiscale.

Comment aborder son PER TNS avant la fin de l'année

Voici la méthode que nous recommandons pour aborder ce sujet sans précipitation, tout en respectant la contrainte calendaire propre à la déduction fiscale : seuls les versements réalisés avant le 31 décembre d'une année s'imputent sur le plafond de cette même année.

Étape 1 — Faire estimer son disponible fiscal réel par son expert-comptable

Dès que les grandes lignes du résultat de l'exercice sont connues — généralement à l'automne pour un exercice calé sur l'année civile — demandez à votre expert-comptable une estimation du plafond de déduction applicable, en intégrant le disponible reportable des années précédentes qui figure sur votre avis d'imposition (déduction sur le revenu global, article 163 quatervicies). C'est ce chiffre, et non le plafond théorique de 88 911 €, qui doit guider la décision.

Étape 2 — Faire le point sur les contrats retraite déjà existants

Recensez vos contrats Madelin retraite et PER déjà ouverts, leurs conditions de sortie et leurs frais. Un versement sur un contrat existant n'a pas nécessairement le même intérêt qu'un versement sur un contrat récemment ouvert : les frais d'entrée, la qualité des supports et les garanties associées varient sensiblement d'un contrat à l'autre.

Étape 3 — Solliciter un conseiller en gestion de patrimoine pour le choix des supports

Le choix de l'allocation (fonds euros, unités de compte, gestion pilotée) et l'arbitrage entre plusieurs contrats relèvent d'un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ou d'un conseiller en investissements financiers, en fonction de votre horizon de départ en retraite et de votre tolérance au risque. Ordinis n'intervient pas sur ce choix de placement : notre accompagnement porte sur le crédit et l'assurance de votre exercice professionnel — dont la prévoyance, qui complète souvent utilement une stratégie retraite.

Étape 4 — Verser avant le 31 décembre, une fois la simulation validée

Une fois le montant validé avec votre expert-comptable et votre conseil, le versement doit être effectué avant la clôture de l'année civile pour s'imputer sur le plafond de cette même année. Un versement réalisé en janvier suivant s'impute sur l'exercice suivant, pas sur l'exercice écoulé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PER TNS permet de déduire du revenu professionnel imposable jusqu'à 88 911 € en 2026 — un maximum théorique, atteint seulement au-delà de 384 480 € de revenu (article 154 bis du CGI, PASS 2026 fixé à 48 060 € par l'arrêté du 22 décembre 2025).
  • Le plafond réel dépend du revenu professionnel de chacun : il correspond à 10 % du bénéfice, auxquels s'ajoutent 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS (soit 25 % au total sur cette fraction), avec un plancher de 4 806 € applicable même en cas de bénéfice faible ou déficitaire.
  • Le régime obligatoire des libéraux de santé (CARMF, CARPIMKO, CARCDSF, CAVP) offre un taux de remplacement structurellement inférieur à celui d'un salarié — de l'ordre de 30 à 40 % selon plusieurs analyses spécialisées, à vérifier via le simulateur de sa propre caisse.
  • Le report du plafond non utilisé relève de l'article 163 quatervicies (déduction sur le revenu global), pas de l'article 154 bis : la majoration de 15 % ne se reporte jamais, et le délai de report est passé de trois à cinq ans avec la loi de finances pour 2026, à compter de l'imposition des revenus 2026 (les reliquats 2023-2025 restent soumis au délai de trois ans).
  • Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir du soixante-dixième anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles (loi de finances pour 2026, article 9).
  • PER individuel et contrat Madelin partagent le même plafond de déduction : leur différence essentielle se joue à la sortie, en capital ou en rente pour le PER, en rente viagère (hors cas particuliers) pour le Madelin — avec, à la sortie en capital du PER, l'imposition des versements déduits au barème.
  • Aucune décision de versement ne doit être prise sans simulation individualisée : le disponible fiscal exact dépend du bénéfice réel de l'exercice, du statut d'exercice (nom propre ou SEL) et des contrats déjà existants — un travail à mener avec son expert-comptable et, pour le choix des supports, un conseiller en gestion de patrimoine.

Ce que cet article ne remplace pas

Trois limites doivent accompagner la lecture de cet article. D'abord, le choix des supports d'investissement et l'allocation d'un PER ne relèvent pas du courtage en crédit et en assurance : c'est un exercice de conseil en gestion de patrimoine, qui suppose d'analyser votre horizon de placement, votre tolérance au risque et l'ensemble de votre situation patrimoniale — un sujet que cet article n'aborde volontairement pas. Ensuite, le statut d'exercice — nom propre en déclaration contrôlée, gérance de SELARL, présidence de SELAS — modifie l'assiette et les modalités de déduction de vos cotisations retraite supplémentaires : aucune règle unique ne peut être généralisée sans vérifier votre situation précise. Enfin, le taux de remplacement cité plus haut est un ordre de grandeur issu d'analyses de conseils spécialisés, pas une donnée officielle individualisée : seul le relevé de situation de votre caisse de retraite donne une estimation fiable de votre pension future.

Pour ces trois raisons, cet article constitue une synthèse pédagogique et non un conseil fiscal, social ou patrimonial individualisé. Toute décision de versement doit être validée avec votre expert-comptable et, pour le choix des supports, avec un conseiller en gestion de patrimoine ou l'assureur gestionnaire de votre contrat.

Un levier parmi d'autres — jamais une improvisation de fin d'année

Le PER TNS n'est ni une option accessoire, ni une solution miracle : c'est un outil fiscal encadré, dont l'intérêt réel dépend directement du revenu professionnel de chacun, de sa situation patrimoniale globale, et de l'articulation avec les contrats retraite déjà en place. Le plafond de 88 911 € qui circule chaque année dans la presse patrimoniale ne concerne, en pratique, qu'une minorité de professionnels aux revenus les plus élevés : pour la majorité des libéraux de santé, le calcul pas à pas décrit dans cet article donne un chiffre beaucoup plus proche de leur réalité.

Le sujet retraite d'un professionnel libéral ne se résume d'ailleurs jamais à un seul produit. Il s'inscrit dans une réflexion plus large sur la protection sociale de l'exercice — la prévoyance en cas d'incapacité ou d'invalidité, souvent négligée alors qu'elle protège les revenus bien avant l'âge de la retraite, et l'assurance emprunteur qui accompagne les crédits professionnels du cabinet. Sur ce dernier point, notre analyse sur la réforme de l'assiette sociale 2026 et son effet sur la capacité d'emprunt détaille un autre chantier réglementaire qui touche directement au revenu professionnel des libéraux de santé, avec la même exigence de prudence sur les généralisations chiffrées.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le PER TNS et en quoi diffère-t-il d'un contrat Madelin retraite ?

Le PER individuel, créé par la loi PACTE de 2019, est ouvert à tout travailleur non salarié qui souhaite se constituer une épargne retraite déductible de son revenu professionnel, dans les mêmes conditions de plafond que l'ancien contrat Madelin retraite régi par l'article 154 bis du Code général des impôts. La différence pratique la plus importante se joue à la sortie : un contrat Madelin retraite (fermé à la souscription depuis le 1er octobre 2020) se dénoue en rente viagère, hors cas particuliers, alors que le PER individuel permet, sur la part issue des versements volontaires, une sortie en capital, en une fois ou de façon fractionnée — les versements déduits étant alors imposés au barème à la sortie. Un contrat Madelin existant peut généralement être transféré vers un PER individuel, mais ce transfert doit être étudié au cas par cas avec un conseil : certains anciens contrats comportent des garanties de taux ou des clauses qui ne se retrouvent pas automatiquement sur le nouveau support.

Comment calcule-t-on exactement le plafond de déduction du PER TNS en 2026 ?

Le plafond correspond, en application de l'article 154 bis du CGI, au plus élevé des deux montants suivants : 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) — un plancher de 4 806 € pour 2026, applicable même en cas de bénéfice faible ou de déficit — ou 10 % du revenu professionnel imposable dans la limite de 8 PASS (384 480 € en 2026), majoré de 15 % de la fraction de ce revenu comprise entre 1 et 8 PASS. Avec un PASS 2026 fixé à 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025), ce calcul atteint son maximum de 88 911 € dès que le revenu professionnel atteint ou dépasse 384 480 €. En dessous de ce seuil, le plafond réel est toujours inférieur à 88 911 € : ce chiffre est un maximum théorique, pas un montant applicable à tous.

Le taux de remplacement de la retraite d'un libéral est-il vraiment de 30 à 40 % ?

C'est l'ordre de grandeur généralement avancé par plusieurs cabinets de gestion de patrimoine spécialisés pour les professions affiliées à la Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL) et ses sections professionnelles (CARMF, CARCDSF, CARPIMKO, CAVP), mais ce n'est pas une statistique officielle unique et opposable à toutes les situations : le taux réel dépend fortement de la durée de cotisation, du niveau de revenu sur l'ensemble de la carrière, du secteur conventionné le cas échéant, et des règles propres à chaque régime complémentaire par points. Nous recommandons de ne jamais raisonner sur cet ordre de grandeur seul et de demander une simulation personnalisée auprès de sa caisse de retraite avant toute décision d'épargne.

Que devient le plafond de déduction non utilisé une année donnée ?

Le report n'est pas prévu par l'article 154 bis du CGI mais par l'article 163 quatervicies, qui régit la déduction sur le revenu global : c'est le plafond épargne retraite figurant sur l'avis d'imposition qui se reporte, et la majoration de 15 % de la tranche comprise entre 1 et 8 PASS n'en fait jamais partie. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 10) a porté ce délai de report de trois à cinq années, à compter de l'imposition des revenus 2026 ; en 2026, le disponible correspond à la limite 2026 augmentée des reliquats 2023, 2024 et 2025 non consommés, qui restent soumis à l'ancien délai de trois ans (BOI-IR-BASE-20-50-30, 10 août 2026). Passé le délai applicable, la fraction non utilisée est définitivement perdue : elle ne peut plus être rattrapée sur les années suivantes.

Faut-il ouvrir un PER TNS avant la fin de l'année pour profiter du plafond 2026 ?

Seuls les versements effectivement réalisés avant le 31 décembre d'une année s'imputent sur le plafond de déduction de cette même année : un versement effectué en janvier suivant se rattache à l'exercice suivant, pas à l'année écoulée. Cette contrainte calendaire est réelle, mais elle ne doit jamais conduire à un versement précipité en fin d'année sans simulation préalable : le montant réellement déductible dépend du bénéfice définitif de l'exercice, encore incertain tant que la comptabilité n'est pas arrêtée, et des versements déjà réalisés sur d'autres contrats Madelin ou PER. La bonne pratique consiste à demander à son expert-comptable une estimation du disponible fiscal dès que les grandes lignes du résultat de l'année sont connues, plutôt que d'attendre la dernière semaine de décembre.